10 mai 2021 • ACTUALITÉS

D’une écologie du risque à une écologie résiliente ?

Analyse des discours écologiques autour de la crise du Covid 19 – par Bertrand Pauget Maître de Conférences à l’Université de Karlstad (Suède) et ami de Planète Urgence

Le chercheur de Bertrand Pauget nous propose une analyse sur la transformation en cours du mouvement écologiste. L’ancien modèle, ancré sur l’idée d’une nécessaire protection face aux risques est effectivement remise en cause par un nouveau courant, acceptant les vulnérabilités et proposant de construire une société plus résiliente – à l’image des projets menés par l’association Planète Urgence.

La Crise du Covid 19 est avant tout une crise sanitaire. Pourtant, nous voyons ça et là des interventions de personnalités publiques, de scientifiques, de journalistes appelant à cette occasion à la création d’un « nouveau monde », plus respectueux de l’environnement1. Ces appels ne sont pas nouveaux et surviennent à chaque crise d’ampleur. Ils semblent toutefois recueillir un écho médiatique plus important que par le passé. En analysant la presse écrite, nous voyons deux types de discours à l’œuvre ; chacun étant porteur de sens très différent, quoi qu’appelant à un changement sociétal majeur. Il ne s’agit pas ici de s’interroger sur le bien fondé de telle ou telle position mais bien d’en comprendre les ressorts.

Le premier discours est traditionnel. Il se base sur un soubassement religieux. De nombreux travaux académiques ont montré que le discours écologique avait de tels fondements avec des appels à des actes de foi, à la protection d’une nature « sacrée »2. En France, le sociologue Rachid Amirou avait mis en évidence que la protection de la nature était d’autant plus opératoire qu’elle s’appuyait sur des croyances ancestrales3. Le renoncement à certaines activités humaines comme l’exploitation du gaz de schiste en France pouvait s’expliquer en raison du caractère sacré de certains lieux4.

Une autre variante de ce type de discours est eschatologique. Elle garde une composante religieuse en ce qu’elle propose une nouvelle vision de la fin du monde, à savoir ici, la finitude de notre civilisation occidentale. Les partisans de l’effondrement civilisationnel voient dans la crise du Covid 19, la première étape d’une lente désagrégation sociétale avant un possible rebond local.

Le deuxième type de discours prend appui sur les limites du projet de la société du risque telle qu’expliquée par Ulrich Beck6. Le sociologue allemand tout en reconnaissant que des risques externes peuvent affecter une société (Ouragan, séisme…), considérait que notre projet de société était orienté vers la maîtrise des risques liés aux activités humaines. Il s’agissait par exemple de parer à des ruptures de la chaîne logistique, à maîtriser le juste à temps, de s’assurer contre les risques d’un incendie…La société du risque est-elle capable d’absorber les chocs externes (pandémie…) ? La chose est encore en discussion7.

La variante de ce discours, aujourd’hui en émergence, mérite notre attention. Il s’agit d’envisager la fin de la société du risque telle qu’elle a été conçue. Ce que souligne la crise du Covid 19 est la vulnérabilité des sociétés face au risque. L’idée qui se fait jour est que les chocs extrêmes, qu’ils soient sanitaires ou écologiques, sont désormais inévitables pour les Humains8.

Cette idée se pose en concurrente d’une société du risque mais sa dimension opératoire est encore sujette à caution faute de définition consensuelle du couple vulnérabilité-résilience. Doit-on se concentrer sur la restauration d’espaces de biodiversité comme le suggèrent certains scientifiques ?9 Doit-on insister sur des productions et des liens locaux comme facteur de résilience ?…

Si les différents courants écologiques comportent plus que des nuances, ils concourent au renforcement d’une conscience écologique globale dans les sociétés européennes. Alors que le discours écologique a beaucoup porté sur la décroissance et la sobriété écologique, nous voyons poindre une nouvelle facette d’un projet société écologique où la finitude et l’acceptation du risque sont parfois présentés comme des éléments clés de notre futur développement. Les notions de fragilité, vulnérabilité, résilience… sont cependant pour l’heure trop floues pour espérer concurrencer une « société du risque » bien établie.

 

Bertrand Pauget, Maître de Conférences à l’Université de Karlstad (Suède).

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